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LE FAIT

Vendredi 16 février 1990

7 BCl 38

Maurice Hivert prend l'offensive

C'est l'abbé Pierre des chômeurs âgés

Licencié économique à l'âge de cinquante-deux ans, MauriceHyvert est de ceux qui, n'ayant pu retrouver d'emploi, sont sans ressources ni protection socialejusqu'à l'âge légal de la retraite. Il déclare la guerre à cette inigalité.

Maurice Hyvert


Bourgoin-Jallieu Il parle beaucoup, Maurice HYVERT. Il écrit encore davantage. Mais jamais à tort et à travers comme il sied à ceux qui croisent le fer pour faire reconnaître leur droit et dénoncer les injustices. Car l'histoire de Maurice HYVERT est loin d'être unique. Elle concerne tous ceux qui, licenciés entre 50 et 55 ans, se retrouvent sans ressources ni garantie sociale s'ils n'ont pas retrouvé d'emploi. En décembre 1986, Maurice HYVERT est licencié dans le cadre d'un plan social par la société Chavanoz, filiale du groupe nationalisé Rhône-Poulenc. Il a alors 52 ans et, derrière lui, plus de 37 années d'activité professionnelle (il travaille depuis l'âge de 14 ans) ainsi que 150 trimestres de cotisations à la sécurité Sociale. Notre homme est contraint de rechercher un emploi car, ne bénéficiant pas de la convention Fonds national de l'emploi avec garantie de ressources, Il est menacé par l'extinction de ses droits. Mais l'embauche, dans le textile, est loin d'être pléthorique et, à son âge, Maurice HYVERT est particulièrement pénalisé. Ses craintes se confirment lorsqu'il apprend que son allocation de fin de droits (70f par jour) ne lui sera plus versée à partir du 1er janvier 1991. Pire, il ne bénéficiera plus, à cette date, de couverture sociale.
La loi est ainsi faite que Maurice HYVERT, et ceux qui sont dans la même situation, devra attendre son 60ème anniversaire pour percevoir non seulement sa retraite mais aussi recouvrer ses droits à la sécurité sociale.
Don quichotte

 

C'est cette situation que Maurice HYVERT dénonce avec passion, tant pour son cas personnel que pour ceux qui, en France, connaissent le même problème.
" De janvier 1991 à janvier 1995, où j'aurai 60 ans, je serai sans ressources et sans couverture sociale, exclu en quelque sorte de la société" a-t-il écrit au Président de la République, le 17 octobre dernier. François MITTERANT lui a fait répondre poliment le 11 décembre, par un chargé de mission, que cette affaire concernait le Ministre de la solidarité. Depuis cette date, Maurice HYVERT attend et multiplie les courriers. Claude EVIN, ministre de la solidarité, et Michel ROCARD, Premier ministre, ont été, tout comme d'autres élus parmi lesquels le député Alain MOYNE-BRESSAND, les cibles de ses nombreuses missives dont certaines attendent une réponse.
Dans ses lettres, "l'abbé Pierre des chômeurs" n'y va pas de main morte, dénonçant l'inégalité des Français. "Depuis 1981, l'exclusion des chômeurs licenciés entre 50 et 55 ans demeure et crée des situations sociales préoccupantes, écrit-il avant de dénoncer les mesures sociales destinées aux immigrés dans le cadre de l'incitation au retour. Justifiant de 15 années d'ancienneté de travail, l'immigré licencié économique à 45 ans perçoit une rente jusqu'à 60 ans, assurant ainsi sa protection sociale" déplore Maurice HYVERT qui poursuit : les chômeurs âgés doivent retrouver leur dignité et leur place dans la société.
C'est pour cette raison que je remue ciel et terre car si, personnellement, je ne suis pas particulièrement à plaindre étant donné que mon épouse exploite un hôtel à Pont de Chéruy, il ne faut pas oublier ceux qui, dans le même cas que moi, sont véritablement démunis.
Ce quinquagénaire passionné et passionnant, qui établit encore un parallèle entre la situation de ses semblables et celles des préretraités licenciés à 55 ans ("Des chômeurs déguisés et privilégiés", selon lui), n'ignore pas qu'il a engagé une lutte difficile contre des institutions aux allures de moulins à vent. Mais Maurice HYVERT, du genre costaud, entent bien ne pas se laisser désarçonner.

Jacques SAVOYE
Relevé dans le quotidien "Le Dauphiné Libéré"